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dimanche 15 mai 2011

Rudyard Kipling - Alors, tu seras un homme, mon fils !

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter les sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
Sans mentir toi-même d'un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu'aucun d'eux ne soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite,
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête,
Quand tous les autres les perdront ;

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling (poète, écrivain britannique ; Bombay, 1865 – Londres, 1936)

vendredi 14 août 2009

Jean DUCHE – Elle et lui

Comme j’étais heureux, le jour où j’ai connu Juliette ! J’étais célibataire. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, les célibataires ne connaissent pas leur bonheur. Certaines personnes qui voient tout en noir diront peut-être que l’espèce humaine n’est guère plus savante. Pour l’espèce humaine, je ne suis pas compétent, mais je n’ignore pas les joies du célibat, depuis que j’ai épousé Juliette.
Et puis, à quoi bon discuter ? Elle adore ça, la discussion, mais il y a un fait qu’elle devrait tout de même m’accorder : s’ils connaissaient le bonheur de leur état, les célibataires s’organiseraient pour le protéger, le défendre. Or, qu’est-ce que nous voyons tous les jours ? Ce sont précisément les célibataires qui se marient.
Elle est entrée dans ma vie par la porte du Montana, le Montana est un bar existentialiste, comme on dit, juste à côté du café de Flore. En ce temps-là il n’était pas encore encombré par des jeunes gens en chemises écossaises et pantalons noirs, ni par des jeunes femmes en vice versa. Non, ce corridor tapissé de bouteilles servait de refuge aux gens qui n’avaient pas l’air existentialiste, comme moi, ou comme Jean-Paul Sartre.
Ce soir-là, j’étais justement en train « d’interviouver » sur un tabouret ce philosophe bien connu au sujet de sa philosophie que personne ne connaît. Il faut dire que j’étais journaliste, en ce temps-là.
- L’existentialisme, dit Sartre, qu’est-ce que c’est que ça ?
- Je vous le demande, répliquai-je.
- C’est un dada, dit Sartre. Je suis un dada.
Là, je coupai net le développement de sa pensée.
- Pardon, lui dis-je, existentiellement vous n’êtes rien du tout. Donc vous n’êtes pas dada. Vous existez dada.
- Très juste, dit Sartre en sifflant un pastis. Il considéra un instant le fond de son verre.
Je respectais sa méditation, prêt à noter la déclaration que je sentais venir.
- Voilà, dit-il enfin, un pastis qui n’existe plus.
Nous en commandâmes deux autres.
- Et pourtant il existe encore, reprit-il, mais dans mon estomac. Il aurait pu avoir une existence toute différente dans le vôtre. Prenez…
- Prenez un autre pastis, intervins-je précipitamment.
C’était pour alimenter notre « interviouve ». Le barman, qui s’intéressait à la conversation dans le but de s’instruire, s’empressa de nous apporter encore deux verres, ce qui en fit quatre devant nous. Cependant Jean-Paul Sartre avait ressaisi le fil de sa pensée. Il enchaîna :
- Prenez un autre pastis…
Le barman parut un peu étonné, mais comme il avait du respect pour la philosophie il empoigna sa bouteille. Je l’arrêtai d’un geste.
- Qui dira, murmura Sartre, l’avenir de ce pastis ?
A ce moment le pastis du philosophe fut balayé par le coude d’une jeune femme qui se hissait sur le tabouret voisin. Au lieu de s’excuser, elle éclata de rire.
- L’avenir n’est à personne, dit le barman, qui venait de se convertir à l’existentialisme. Il restait trois verres. Nous en offrîmes un à la belle inconnue. Mon Dieu, comme elle riait bien ! Elle s’appelait Juliette, et je ne compris pas tout de suite que, moi, j’avais fini de rire.

Cela se passait le douze décembre, il y a un peu plus de deux ans. Le quinze décembre elle me dit qu’elle m’aimait. Je trouvai ça normal.
L’avouerai-je ? Je suis joli garçon. Du moins, je l’étais. Maintenant, je ne sais plus, peut-être que ça m’a passé. Etant d’un naturel modeste, il faut qu’on me le dise pour que je le croie. Hélas ! Plus personne ne me le dit – Sauf Juliette, mais elle est de parti pris, elle soupire « tu es beau » quand elle se sent tendre, comme elle hurle que j’ai mauvais caractère quand elle se met en colère. En ce temps-là, les femmes avaient l’habitude de me le dire. Elles ajoutaient généralement qu’elles m’adoraient. Je leur répondais qu’elles étaient adorables. Dans les quarante-huit heures j’étais l’homme de leur vie, et cela durait au moins une semaine, quelquefois plus. Tout ça afin d’expliquer, sans fatuité, que lorsque Juliette m’a avoué qu’elle m’aimait, je m’y attendais un peu. C’est la suite qui m’a surpris.
Nous étions revenus nous poser sur les tabourets du Montana, à l’heure où les lions vont boire, entre chien et loup. Je fais allusion à cette heure incertaine du crépuscule où l’homme libère ses épaules du fardeau de son labeur quotidien et accourt, l’âme guillerette, à la rencontre des femmes parées qui entrent dans la lumière électrique. Heure divine au seuil de la nuit neuve où tout recommence pour les hommes qui ne sont pas mariés.
Donc, nous étions revenus sur les tabourets du Montana.
- Je crois que je vais vous aimer, dit soudain Juliette.
- Pas d’objection, lui dis-je. Ça tombe même très bien, parce que je vous adore. J’ai un petit local où on pourra s’arranger tous les deux.
Elle eut un sourire un peu triste, sa main se posa sur ma main et la tripota tendrement.
- Vous vous gourez, dit-elle.
Je glissai un regard en coin en rencontrai ses yeux. Il n’y avait pas de plaisanterie dans l’air. Ses yeux souriaient, cependant, bien que son visage fût grave. Je sentis comme une buée qui me montait à la tête, et je me mis à sourire moi aussi, bêtement, oh ! si bêtement… Alors un imperceptible éclair de gaieté la traversa, qu’elle ne chercha pas à dissimuler, au contraire, cela voulait dire : vous m’aimez, vous venez de le comprendre, je le sais, et je veux que vous sachiez que je le sais.
- Je suis fait comme un rat, dis-je, amèrement.
- Moi aussi, dit-elle, joyeusement. Alors nous nous regardâmes bien en face, et nous partîmes tous les deux d’un grand éclat de rire, un éclat de rire comme si nous en avions pour toute notre vie.

vendredi 31 juillet 2009

La coscienza di Zeno – Italo Svevo, 1861 - 1928

Allora non sapevo se amavo o odiavo la sigaretta e il suo sapore e lo stato in cui la nicotina mi metteva. Quando seppi di odiare tutto ciò fu peggio. E lo seppi a vent’anni circa. Allora soffersi per qualche settimana di un violento male di gola accompagnato da febbre. Il dottore prescrisse il letto e l’assoluta astenzione dal fumo. Ricordo questa parola assoluta! Mi feri’ e la febbre la colori’: un vuoto grande e niente per resistere all’enorme pressione che subito si produce intorno a un vuoto.
Quando il dottore mi lasciò, mio padre (mia madre era morta da molti anni) con tanto di sigaro in bocca, restò ancora per qualche tempo a farmi compania. Andandosene, dopo di aver passato dolcemente la sua mano sulla mia fronte scottante, mi disse: - Non fumare, veh!
Mi colse un’inquietudine enorme. Pensai: « Giacché mi fa male, non fumerò mai più, ma prima voglio farlo per l’ultima volta ». Accesi una sigaretta e mi sentii subito liberato dall’inquietudine ad onta che la febbre forse aumentasse e che ad ogni tirata sentissi alle tonsille un bruciore come se fossero state toccate da un tizzone ardente. Finii tutta la sigaretta con l’accuratezza con cui si compie un voto. E, sempre soffrendo orribilmente, ne fumai molte altre durante la malattia. Mio padre andava e veniva col suo sigaro in bocca dicendomi: - Bravo! Ancora qualche giorno di astenzione dal fumo e sei guarito!
Bastava questa frase per farmi desiderare ch’egli se ne andasse, presto, presto, per permettermi di correrere alla mia sigaretta. Fingevo anche di dormire per indurlo ad allontarnarsi prima.
Quella malattia mi procurò il secondo dei miei disturbi: lo sforzo di liberarmi dal primo. Le mie giornate finirono coll’essere piene di sigarette e di propositi di non fumare più e, per dire subito tutto, di tempo in tempo sono ancora tali. La ridda delle ultime sigarette formatasi a vent’anni, si muove tuttavia. Meno violente è il proposito e la mia debolezza trova nel mio vecchio animo maggior indulgenza. Da vecchi si sorride della vita e di ogni suo contenuto. Posso anzi dire, che da qualche tempo io fumo molte sigarette… che non sono le ultime. (…)
Adesso che son qui, ad analizzarmi, sono colto da un dubbio: che io forse abbia amato tanto la sigaretta per poter riversare su di essa la colpa della mia incapacità? Chissà se cessando di fumare io sarei divenuto l’uomo ideale e forte che m’aspettevo? Forse fu tale dubbio che mi legò al mio vizio, perchè è un modo comodo di vivere quello di credersi grande di un grandezza latente. Io avanzo tale ipotesi per spiegare la mia debolezza giovanile, ma senza una decisa convinzione. Adesso che sono vecchio e che nessuno esige qualche cosa da me, passo tuttavia da sigaretta a proposito, e di proposito a sigaretta. Che cosa significano oggi quei proposti ? Come quell’ igenista vecchio, descritto da Goldoni, vorrei morire sano dopo essere vissuto malato tutta la vita?
Penso che la sigaretta abbia un gusto piu’ intenso quand’è l’ultima. Anche le altre hanno un loro gusto speciale, ma meno intenso. L’ultima acquista il suo sapore dal sentimento della vittoria su se stesso e la speranza di un prossimo futuro di forza e di salute. Le altre hanno la loro importanza perché accendendole, si protesta la propria libertà e il futuro di forza e di salute permane, ma va un po’ più lontano.


La conscience de Zeno – Italo Svevo
(écrivain italien, pseudonyme de Ettore Schmitz, né le 19 décembre 1861 à Trieste et mort le 13 septembre 1928 à Motta di Livenza, près de Trévise)

En ce temps-là, je ne savais pas si j’aimais ou si je détestais la cigarette, sa saveur, et l’état dans lequel me mettait la nicotine. Quand je sus que je détestais tout ceci, ce fut pire. Et je le sus à vingt ans environ. Alors, je souffris pendant quelques semaines d’un violent mal de gorge accompagné de fièvre. Le docteur m’ordonna de garder le lit avec l’interdiction absolue de fumer. Je me rappelle ce mot absolue ! Il me blessa et la fièvre le colora : un grand vide et rien pour résister à l’immense pression qui se produit aussitôt autour d’un vide.
Quand le docteur me quitta, mon père (ma mère était morte depuis de nombreuses années) avec un énorme cigare dans la bouche, resta encore quelques instants pour me tenir compagnie. En s’en allant, après avoir doucement caressé de sa main mon front brûlant, il me dit : ‘ Ne fume pas, hein !
Je fus saisi par une immense inquiétude. Je pensai : « Etant donné que cela me fait du mal, je ne fumerai jamais plus, mais auparavant je veux le faire pour la dernière fois ». J’allumai une cigarette et je me sentis aussitôt libéré de mon inquiétude bien que la fièvre augmentât quelque peu et qu’à chaque bouffée je sentais mes amygdales s’enflammer comme si elles avaient été touchées par un tison ardent. Je terminai ma cigarette tout entière avec le soin dont on fait preuve lorsque l’on fait un vœu. Et, souffrant toujours horriblement, j’en fumai de nombreuses autres pendant ma maladie. Mon père allait et venait, le cigare à la bouche, en me disant : ‘ C’est bien ! Encore quelques jours sans fume et tu seras guéri !
Cette phrase suffisait à me faire désirer qu’il s’en allât vite, vite, pour que je puisse me jeter sur ma cigarette. Je feignais également de dormir pour le pousser à s’éloigner plus rapidement.
Cette maladie me procura mon deuxième trouble : l’effort de me libérer du premier. Mes journées finirent par être remplies de cigarettes et de résolutions de ne plus fumer, et, pour tout dire tout de suite, de temps en temps, elles sont encore ainsi. La ronde des dernières cigarettes, apparue à vingt ans, tourbillonne encore malgré tout. La résolution est moins violente et ma faiblesse trouve dans mon vieil esprit une plus grande indulgence. Quand on est vieux, on sourit de la vie et de tout ce qu’elle contient. Je peux même dire que depuis quelques temps je fume beaucoup de cigarettes… qui ne sont pas les dernières. (…)
A présent que je suis ici, en train de m’analyser, je suis pris d’un doute : ne se peut-il pas que j’ai aimé à ce point la cigarette pour pouvoir rejeter sur elle la faute de mon incapacité ? Qui sait, si en arrêtant de fumer, je serai devenu l’homme idéal et fort que j’aspirais être ? Ce fut peut-être ce doute qui me lia à mon vice, car c’est bien commode de vivre en se croyant grand d’une grandeur latente. J’avance cette hypothèse afin d’expliquer ma faiblesse de jeunesse, mais sans aucune conviction bien arrêtée. A présent que je suis vieux et que personne n’exige quoi que ce soit de moi, je passe toutefois de cigarette en résolution et de résolution en cigarette. Aujourd’hui, quel sens ont ces résolutions ? Comme ce vieil hygiéniste, décrit par Goldoni, voudrais-je mourir sain après avoir vécu malade toute ma vie ? (…)
Je pense que la cigarette a un goût plus intense quand il s’agit de la dernière. Les autres aussi ont un goût bien à elles, spécial, mais moins intense. La dernière acquiert sa saveur grâce à l’espoir d’un proche futur de force et de santé. Les autres ont leur importance car, en les allumant, on clame sa liberté et le futur de force et santé demeure, mais il s’éloigne quelque peu.

vendredi 29 mai 2009

« Il mio cane » - Marino MORETTI (poeta e scrittore italiano, 1885-1976)

Un giorno dunque l’ottimo dei miei amici osservò rude, che, se io mi prendevo cura di un gatto e persino di una tartaruga, avevo dimenticato il re degli animali domestici: il cane. Io ero in pieno periodo di sincero amore per le bestie innocenti, io le stavo a poco a poco scoprendo. E fu così che io spiai nel mio giardino fin le mosse dei rospi, delle lumache, dei calabroni, dei passeri e, come già dissi, divenni l’intimo amico di una tartaruga e sopratutto di un gatto di nome Tigrino. Ed era così la volta del cane. Poi che avevo pienamente accettato il giudizio di quelli che lodano il cane, non restava che scegliere la razza. Qualcuno dice: « A te occorre senz’altro un cane lupo. » Io non sapevo, in verità, perché fosse così conveniente un cane lupo. Io avrei anzi preferito, per cominciare, qualcosa di meno impegnativo. Alle mie obiezioni fu così risposto: « Tu non vuoi un cane, vuoi un gingillo. Ricordati che, se sei un poeta, non sei una signora. »

Accettai il dono che, come tutti i doni che si rispettano, doveva venire di fuori e di lontano e per ferrovia, in una cassetta con manici e avaro pertugio, per cui il prigioniero che vi si umiliava potesse avere una confusa idea del viaggio se non l’intera convinzione della salvezza. Il giorno prima dell’arrivo, il mio amico aveva così telegrafato: « Parte tuo indirizzo pacco espresso urgente cane lupo nome Turco bestia cinque mesi delicata un poco paurosa segue lettera abbracci. » Seguiva lettera: « Il lupetto è bellino, ma timido e pauroso quanto mai. Fino a questo momento è stato vicino alla sua mamma, e ai suoi fratellini. Quindi esser solo, viaggiare, essere un po’ maltrattato da agenti e facchini, tutto ciò lo rende già triste, lo sconcerta. Bisogna che, appena arrivato, lo si lasci un pochino solo, all’aria aperta. Gli si dia da mangiare pane e latte. Raccomando, mente carne, ma nel pastone, abbondanti legumi, come carote gialle, fagiolini, una spruzzatina di spinaci tritati, un’altra spruzzanita di cicoria cruda. Raccomando, per i primi giorni almeno, non sgridarlo per niente. Si chiama Turco e quello che lo ha venduto prega di non cambiargli il nome ».

Tutto era detto così e con un’arte che non escludeva ma avvalorava la commozione e quasi la pietà per un cagnoletto strappato all’intimità della famiglia, che io mi sentii sul momento avvilito di non saper scrivere così. Giunse la cassetta: il cuore mi batteva perché mi pareva ci fosse dentro un morticino, e perché anche pensavo a quella madre e a quei fratellini rimasti a Roma, in via del Vantaggio. Quando tirai fuori una cosa molle, calda ma senza palpito, quasi inerte, allora mi venne fatto di trattenere il respiro come quando si teme di assistere a una sciagura e non varrà il nostro sciocco ottimismo a scongiurarla. Che fare? Ed ecco la cosa si rizza di colpo, scivola dalla mano che la blandisce, si lanscia verso la porta di casa, scompare. Ho anche l’impressione di un ringhio, come primo saluto, e insieme, rapido addio… Inforco la bicicletta, pedalo dietro il fuggitivo, lo raggiungo, ma come scendo di bicicletta per tentare di acciuffarlo, quello accellera e… non c’è più. Allora, la volata: su per la strada che conduce al bacino, alle dune, all’impraticabilità, alla sconfitta. Passano due bambinucci scalzi che han raccolto gusci di teeline alla spiaggia: a questi dico il mio dolore, la mia vergogna; do I connotati, e torno in paese.


« Mon chien » - Marino MORETTI (poète et écrivain italien, 1885-1976)

Un jour donc, mon meilleur ami fit remarquer avec sévérité que, si je m’occupais d’un chat et même d’une tortue, j’avais oublié le roi des animaux domestiques : le chien. J’étais en plein dans ma période d’amour sincère pour les bêtes innocentes, je les découvrais petit à petit. Et ce fut ainsi que j’épiai dans mon jardin jusqu’aux mouvements des crapauds, des limaces, des frelons, des moineaux, et, comme je le dis déjà, je devins l’ami intime d’une tortue et surtout d’un chat qui s’appelait Petit Tigre. Et maintenant c’était le tour du chien. Après avoir totalement admis le jugement de ceux qui louent le chien, il ne restait qu’à choisir la race. Quelqu’un dit : « Il te faut sans aucun doute un chien-loup ». Pour dire la vérité, je ne savais pas pourquoi un chien-loup était si approprié. J’aurais même préféré, pour commencer, quelque chose de moins contraignant. On répondit ainsi à mes objections : « Tu ne veux pas un chien, tu veux un jouet. Souviens-toi que même si tu es un poète, tu n’es pas une dame ».

J’acceptai le cadeau qui, comme tous les cadeaux qui se respectent, devait arriver de l’extérieur et de loin, par le train, dans une petite caisse avec des poignées et une toute petite ouverture, grâce à laquelle le prisonnier qui y était humilié pouvait avoir une idée confuse du voyage si ce n’est la conviction profonde d’être sauvé. La veille de son arrivée, mon ami m’avait envoyé un télégramme qui disait : « Part ton adresse paquet express urgent-chien-loup nom Turc – bête cinq mois délicate un peu craintive – lettre suit salutations ». La lettre suivait : « Le petit chien-loup est mignon, mais timide et on ne peut plus craintif. Jusqu’à présent il est resté près de sa maman et de ses petits frères. Ainsi le fait d’être seul, de voyager, d’être un peu maltraité par les agents et les porteurs, tout ceci le rend déjà triste, le déconcerte. Dès qu’il sera arrivé, il faut le laisser seul un certain temps, au grand air. Il faut lui donner à manger du pain et du lait. Je te rappelle, pas de viande, mais dans sa pâtée, beaucoup de légumes comme des carottes jaunes, des haricots verts, un peu d’épinards hachés et un peu de chicorée crue. Je te mets en garde, les premiers jours au moins, ne le gronde pour rien au monde. Il s’appelle Turc et celui qui l’a vendu demande à ce qu’on ne change pas son nom ».


Tout était si bien dit et avec une façon qui n’excluait en rien l’émotion et presque la pitié pour ce petit chien arraché à l’intimité de sa famille, mais au contraire le justifiait, que sur le moment je me sentis humilié de ne pas savoir écrire ainsi. La petite caisse arriva : mon cœur battait fort car j’avais l’impression qu’il y avait à l’intérieur un enfant mort et car je pensais également à cette mère et à ces petits frères restés à Rome, rue du Vantaggio (rue de l’Avantage). Quand j’extirpai une chose molle, chaude mais sans aucun battement du cœur, presque inerte, alors, je retins ma respiration sans le vouloir comme lorsqu’on craint d’assister à un malheur et que notre stupide optimisme ne suffira pas pour l’éviter. Que faire ? Que faire ? Et voici que la chose se dresse d’un coup, glisse de ma main qui le caresse, se lance vers la porte d’entrée, disparaît. J’ai même l’impression d’entendre un grognement en guise de premier salut et en même temps de rapide adieu… J’enfourche ma bicyclette, je pédale derrière le fuyard, je le rattrape, mais alors que je descends de ma bicyclette pour essayer de l’attraper, ce dernier accélère et… il n’est plus là. Alors, je fais un sprint: je remonte la rue : je remonte la rue qui amène au port, aux dunes, aux lieux impraticables, à la défaite. Deux gamins pieds nus, qui ont ramassé des coquilles de tellines sur la plage, passent par là : je leur dis ma douleur, ma honte ; je leur donne son signalement et je rentre au village.

mardi 10 mars 2009

MOI ET… MES PREPARATIFS DE DEPART

Dans les vacances, ce que je préfère, c’est la préparation !

En général, mes préparatifs débutent plutôt dans l’année par un conflit : je dois poser mes dates. Comme les employés avec enfants sont prioritaires et trustent les vacances scolaires, avec un peu de chance, il me reste juin, sinon c’est mars ou novembre ! Or l’idée d’agiter mon paréo sous la chaleur de Toussaint m’enthousiasme moyennement, je suis donc contrainte de me fâcher très fort avec tout ce que la boîte compte de DRH. Une fois cette question réglée, mes vacances fleurent un parfum de victoire plus enivrant qu’aucune conquête de budget. Fou ce que j’aime combattre pour de nobles causes.

Tout le monde m’aide

Cet été, c’est décidé, je pars pour l’Italie. Substantielle erreur, ma première étape consiste à informer mon entourage de mes projets. Or, mon entourage n’entend pas me laisser voyager ainsi, sans préparation. Telle une grêle sonore et impérieuse, les conseils de ceux-qui-connaissent parce qu’ils ont vécu trois jours en Toscane s’abattent sur moi : « Il faut absolument que tu passes par Bledperditi, il y a une pierre à gauche en entrant absolument magnifique, si tu ne l’as pas vue, tu rates l’essence même de l’Italie », « Fais gaffe, les Italiens cherchent toujours à te carotter la monnaie », « Les pâtes, ça fait grossir ». Ainsi armée, j’anticipe l’inévitable : la frustration. Car, à moins de me contenter de deux heures de sommeil par nuit et de louer un Concorde pour mes petits déplacements, je ne pourrais jamais visiter toutes les pierres d’Italie, ni essayer les huit cafés des Sportis, ni refuser le moindre plat de pâtes. Je rentrerai donc furieuse d’avoir manqué l’essentiel. Merci les copains !
Une recommandation émerge cependant : vérifier la Sécurité sociale. Je me renseigne, des fois qu’un camion m’écrabouillerait dans Rome. Tant que j’y suis, je mets à jour mes vaccins et opte pour le pack sanitaire Kenya/Chili, on ne sait jamais, la louve romaine mord peut-être.

vendredi 6 mars 2009

METROSCOPIE

Au taupe-niveau

Il s’exporte dans le monde entier. La province même a le sien. Pourtant, il n’y a qu’un métro… et il est de Paris. Les parisiens en sont fous, qui l’utilisent par millions chaque jour. Il n’a pas la froideur inhumaine de celui de Moscou, il n’est pas compliqué comme celui de Londres ni nerveux comme celui de Tokyo.
Il présente mille facettes. Admirable comme la station Louvre ou sale comme la Gare du Nord après une journée de travail ; vide comme un après-midi à Pernéty ou grouillant comme Saint-Lazare à 18 heures ; d’une rigueur cistercienne comme à Cluny ou débraillé comme Place d’Italie…

Il est, avant tout, le reflet de la vie. Il est le sang de Paris, sa circulation. Ses artères sont en surface, ses veines, profondes. Lançant ses tentacules dans toutes les directions, véritable hydre, il permet à l’est de se répandre dans l’ouest, au nord de plonger vers le sud et à celui-ci de remonter vers le nord.

Tout cela sur fond de roman d’amour, car Paris est amoureux de son métro. Il fait partie de son histoire. Ils sont inséparables. Chansons, livres, films illustrent cette passion : « Une petite station de métro entourée de bistrots, Pigalle » chantait Georges Ulmer. La littérature avec Queneau qui y faisait voyager Zazie. Dans le film « Le Bataillon du ciel », un des héros hume un ticket de métro pour garder le moral pendant la guerre.

L’amour est exigent et n’est pas sans nuages. Le passager rêve de voyages idylliques. Il imagine des moyens de transport qui seraient des oasis hors du temps. Elles le véhiculeraient dans une bulle qui le protégerait des agressions extérieures. L’usager du métro idéalise son mode de transport favori. Il l’espère très différent du reste de la vie quotidienne, vacharde, agressive. Il paie sa place et, contre le prix du billet, veut être transporté sans histoire à bon port. Il aimerait, totalement pris en charge, se sentir l’enfant protégé dans le ventre de sa mère. Hélas ! La vie le rejoint dans les stations, les couloirs, les rames. Elle s’insinue là avec ses violences, ses bousculades, ses impatiences, ses odeurs, sa mauvaise humeur.

Le métro est un lieu de culture. Il est terrain d’aventures où les gens, au propre et au figuré, se frottent les uns aux autres, se rencontrent dans leur diversité. C’est l’endroit où vit la mémoire de Paris. Regardez tout ce qu’évoquent les noms des stations. Chansons, livres, films, expositions, manifestations sportives ou théâtrales, il y a une culture du métro. Presque une éducation.

Elle est perceptible avec la réalisation de véritables quasi-musées : les fresques de la Bastille, les gemmaux de Franklin-D. Roosevelt, les Rodin de la station Varenne, les statues de Louvre qui est l’antichambre du palais voisin, les autographes du plafond de Cluny-La Sorbonne, et aussi les vitrines qui parlent de sciences ou de techniques à Pasteur, à Champs-Elysées-Clémenceau ou à Jussieu.

Culture encore, les références cinématographiques. De « Dernier métro » avec Gaby Morlay à celui du trio « Deneuve-Depardieu-Truffaut », en passant, en particulier, par « Subway », « La guerre est finie », « Le Samouraï », « Les Gaspards », « Peur sur la ville », le métro a très largement inspiré les réalisateurs.

Eléments de culture également : l’histoire et l’anecdote.Cela va de l’incendie d’une rame qui fit 83 morts à la station Couronnes le 10 août 1903 à la tragédie de Charonne en 1962 au moment des événements d’Algérie ; des inondations qui submergèrent Quai de la râpée en 1910, aux bombardements de 1918 qui endommagèrent Campo-Formio, Corvisart, Saint-Paul et tuèrent 66 personnes à Bolivar le 12 mars 1918. Sans oublier le geste du futur colonel Fabien exécutant un officier allemand à Barbès le 21 avril 1941. Deux ans plus tard, un raid aérien sur Paris fera 403 victimes dans le tunnel, entre la Porte Saint-Cloud et le Pont de Sèvres.

Pour découvrir ce fabuleux monde souterrain où bât le cœur de Paris, il fallait bien se mettre au taupe-niveau.